Les dits de la Huppe

echos des sept vallées

Cuba : un pionnier de l’agro-écologie

« Enfin une bonne nouvelle ! Cela s’est passé en début d’été et on n’en a presque pas entendu parler : le Parlement a en effet voté définitivement, le 20 juillet dernier, la loi « pour la reconquête de la biodiversité . La très bonne nouvelle qui vous a peut-être échappée est cet article 12 de la loi « Biodiversité » qui est une victoire pour la libération des semences cultivées.
Désormais, toutes les associations loi 1901 pourront donner, échanger et vendre des semences de variétés du domaine public, qu’elles soient inscrites ou non inscrites au « catalogue officiel », à des jardiniers amateurs.
Il était temps, car nous assistons à une érosion galopante de la biodiversité agricole. Rappelons qu’en un siècle seulement, 90% des variétés traditionnellement utilisées par les paysans à l’échelle de la planète ont déjà disparu de nos champs et, donc, de nos assiettes.
ph01187jCette nouvelle loi résout en partie les problèmes juridiques auxquels étaient confrontée une association comme Kokopelli qui conserve et distribue des semences anciennes et non inscrites au catalogue officiel des semences autorisées ! C’est donc un soulagement car les amendes auxquelles cette association était exposée menaçaient directement, et à court terme, sa survie.
Mais cette loi exclut, en creux, la vente et l’emploi de semences non inscrites au catalogue aux professionnels. Ce n’est donc pas demain que nous trouverons sur les marchés ou dans les magasins les variétés potagères d’autrefois ! La raison de cette exclusion ? On ne pourrait pas garantir la qualité sanitaire des produits agricoles issus de ces graines oubliées. Une raison qui fait grincer des dents ceux qui, comme nous, pensent au contraire que la production agricole « industrielle » est un désastre pour la santé publique…
C’est toutefois un premier pas qu’il faut mettre en perspective… et l’exemple de l’île de Cuba pourrait nous inspirer. Jusqu’en 1991, Cuba pratiquait en effet une culture industrielle moderne soutenue par l’URSS qui fournissait le pétrole, le matériel agricole, les engrais chimiques, les pesticides…, et achetait les productions – le sucre en particulier. Ceci assurait une économie à peu près équilibrée. La chute du bloc soviétique plongea évidemment Cuba dans un grave chaos économique (en outre aggravé par le blocus américain). Rapidement la population se mit à souffrir de malnutrition.
Spontanément, des milliers de jardins apparurent un peu partout, même sur les toits des immeubles. Toutes les initiatives privées furent encouragées par le gouvernement qui se mit à distribuer des lopins de terre à cultiver. Produire de la nourriture était devenu une question de sécurité nationale. Les paysans développèrent l’élevage des animaux de ferme, et, privés de pétrole, ils durent abandonner les tracteurs pour revenir à la traction animale et revenir au tout manuel. La main-d’œuvre agricole fut alors multipliée par dix.

En 1994, les anciennes fermes d’État furent progressivement transformées en coopératives pour fournir les hôpitaux et les écoles. Le reliquat de la production était vendu librement sur les marchés. De nombreux agronomes furent mis à contribution pour diffuser les techniques de l’agro-écologie. Un réseau de boutiques se mit à vendre des semences et des outils de jardinage à bas prix, prodiguant en plus des conseils aux clients. Dans toutes les villes, on se mit à enseigner l’agriculture biologique pratique, sur le terrain.
La crise que Cuba a connue lui a permis de découvrir et de devenir pionnier dans l’écologie agricole, la permaculture, et l’exploitation de forêts fruitières.
L’agriculture urbaine s’est développée à Cuba comme nulle part ailleurs dans le monde. L’île avec ses 2,2 millions d’autochtones compte près de 400 000 exploitations agricoles urbaines, qui couvrent quelque 70 000 hectares de terres jusqu’alors inutilisées et produisant plus de 1,5 millions de tonnes de légumes. Actuellement, Cuba assure 70% de ses besoins en fruits et légumes entièrement bio et doit encore importer du riz et de la viande (dommage qu’ils ne soient pas encore végétariens).

Si, demain, les importations de nourriture devaient s’arrêter à Cuba, les habitants seraient beaucoup moins en péril que ceux d’un pays comme la France, qui dispose seulement de quelques jours de réserves dans ses supermarchés.

Alors, prenant exemple sur Cuba, nous pourrions nous y mettre nous aussi, à titre préventif, au lieu d’attendre la catastrophe vivrière vers laquelle la rapacité des semenciers et l’agressivité des industriels de la chimie agricole nous emmènent. »

@alexandre IMBERT
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5 août 2016 - Posted by | Gaia |

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