Les dits de la Huppe

echos des sept vallées

La démocratie est dorénavant un mauvais système

La démocratie entraine la planète et le monde vers sa perte.
De la démocratie en Amerique Alexis de Tocqueville 1840
En clair, nous, citoyens et individus sommes directement responsables de l’impéritie de nos politiques.

A partir d’un regard d’entomologiste méthodique porté sur la société américaine du début du 19è siècle (le voyage de Tocqueville aux Etats-unis a eu lieu en 1831), ce philosophe nous propose un regard rarement égalé sur l’organisation des sociétés democratiques et la manière dont elle prend forme en fonction de notre nature profonde.

Pourquoi donc citer cet auteur à propos du climat ?

Parce que les principaux émetteurs de gaz à effet de serre (Etats-Unis, tous les pays d’Europe, Japon, Inde, la Chine étant la seule exception) sont des démocraties, que l’effort à effectuer pour changer la donne est tellement considérable qu’il nécessitera bien plus de temps qu’un mandat d’élu, et donc qu’il est légitime de se demander si un système dans lequel on change toutes les quelques années l’individu qui tient la barre peut nous offrir le salut quand l’effort doit être soutenu sur 30 ou 50 ans.

C’est ainsi que la lecture de Tocqueville propose des raisonnements et des informations incomparables pour nourrir la réflexion sur le sujet. Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer quelques unes des prophéties que l’on peut découvrir en lisant le deuxième tome de cet ouvrage :

la société démocratique amènera la consommation de masse, avec des produits auxquels les fabricants chercheront à donner « des propriétés brillantes que ces produits n’ont pas » (ceci a été écrit à une époque où n’existait ni publicité, ni supermarchés !),

en démocratie, il sera bien vu de travailler, et mal vu de vivre de ses rentes (alors qu’en aristocratie, les nobles, qui occupent le sommet de l’échelle, n’ont pas de fonction productive),

en démocratie, on accordera un grand prix aux « conceptions superficielles de l’intelligence » (dixit Tocqueville), et peu à la réflexion « profonde et lente » et la prise de hauteur de vue,

en démocratie, la presse constituera un pouvoir extrêmement puissant (bien vu !),

la démocratie renforcera l’individualisme, et la propension à se considérer perpétuellement insatisfait de son sort ,

en démocratie, le temps se raccourcira : on oubliera ses prédecesseurs et ses successeurs, pour se concentrer tout entier sur le temps présent ; l’amour des « jouissances présentes » risquera fort d’occulter, pour les citoyens, « l’intérêt de leur propre avenir et celui de leurs descendants »,

Dans un tel étalage de prophéties visionnaires (le livre en comporte une toutes les 3 pages, puisque l’on peut aussi trouver – en 1840 – que le monde sera partagé entre une sphère d’influence américaine et une sphère d’influence russe, que l’Amérique du Sud deviendra totalement sous influence nord-américaine, et j’en passe), que l’on pourrait penser écrit la semaine dernière si ce n’était le style, comment ne pas être perplexe devant cette autre conclusion de l’auteur : totalement absorbées par la gestion de leurs affaires commerciales, qui sera leur « grande occupation », les démocraties sont myopes, incapables de prévenir les périls de long terme…

Cette inquiétante nouvelle recoupe une autre conclusion majeure de cet ouvrage, qui cadre totalement avec ma propre expérience : en démocratie, les élus ne sont pas chargés d’être « plus visionnaires » ou « plus sages » que les électeurs (ou à leur place), mais uniquement chargés d’exécuter les désirs de ces derniers. Lorsque le citoyen demande à l’élu d’être plus anticipateur ou plus avisé que lui, il se méprend : rien dans le cahier des charges de l’élu ne lui dicte d’être plus audacieux que « l’état de l’opinion », ou de gérer notre schizophrénie à notre place.

De ce fait, quand nous pensons, pour le changement climatique, que « ils savent et ne font rien », nous commettons une double erreur de jugement :

ils ne savent pas plus que nous. Pour un problème donné, on va trouver entre 5 et 10 députés qui en savent plus long que la moyenne, et tous les autres s’informent de la même manière que la population dans son ensemble : en lisant le journal ! Cette règle est aussi valable pour les ministres : sur 45 ministres qui composent un gouvernement, entre 0 et 2 ont à peu près compris les implications de ce que cela signifie de lutter contre le changement climatique, et les autres ni plus ni moins que le « citoyen lambda »,

en même temps que l’opinion est actuellement majoritairement demandeuse de « quelque chose » pour qu’il n’y a ait pas de changement climatique dangereux, l’opinion est actuellement majoritairement contre à peu près tous les éléments de solution :

une augmentation du prix des énergies fossiles (de toutes les énergies ! gaz naturel, carburants routiers, kérosène, fioul domestique….), alors que c’est la seule manière de faire des économies, sinon les « astuces » techniques sont compensées par une hausse de la consommation,

l’arrêt de la construction de routes, surtout la rocade qui permettrait de supprimer le bouchon en bas de chez eux, mais une fois que l’on a construit la route devant chez tout le monde il semble difficile de souhaiter une diminution du trafic en général !

la mise en place d’une réglementation contraignante sur les consommations d’énergie du bâtiment,

l’augmentation progressive du prix des produits manufacturés, car il a bien fallu fabriquer ces derniers, et aujourd’hui plus on en fabrique et plus on dérègle le climat,

etc…

En d’autres termes, la conclusion implicite de Tocqueville, énoncée à une époque où le changement climatique n’existait assurément pas comme sujet largement médiatisé (mais était déjà connu d’un ou deux physiciens !), est qu’il appartient à vous et moi de comprendre en quoi nos demandes sont ou non antagonistes, et d’envoyer à l’élu une demande explicite et débarrassée de ses contradictions.

Pour être parfaitement clair, le jour où nous dirons à la puissance publique : « nous avons bien compris que de lutter contre le changement climatique suppose de monter progressivement le prix du fioul, du kérosène, du gaz naturel, de l’essence et du diesel, et nous avons bien compris que cela allait conduire les ordinateurs, les maisons, la viande de boeuf et les déplacements à coûter plus cher, mais nous l’acceptons car le confort de vie – voire la survie – de nos petits enfants est à ce prix », il n’y a aucun doute à avoir sur le fait que l’Assemblée Nationale en tiendra compte dans son vote du budget….. comme il n’y a aucun doute à avoir sur le fait que tant que nous serons contre les éléments de solution, il ne se passera jamais rien dans les bons ordres de grandeur avant les ennuis.

En guise de conclusion, je formulerai donc ce conseil : avant toute spéculation sur notre avenir climatique, lisez ou relisez Tocqueville !

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22 mars 2010 - Posted by | Histoire, Politis

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