Les dits de la Huppe

echos des sept vallées

« trop tard, mon siège est fait »

Rien n’est plus difficile que de faire admettre à une personne ou à un groupe que les principes fondamentaux sur lesquels ils ont bâti leur existence ou fondé leur conception du monde sont faux ou désormais inadaptés.

De son côté, dans son livre « Effondrement : comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie », le géographe et biologiste Jared Diamond a montré qu’à travers l’histoire, les sociétés qui survivent sont celles qui, en période de grande crise, sont capables de remettre radicalement en cause leur système de valeurs pour assurer leur survie.

Aujourd’hui, confrontées à une crise sans précédent de leur modèle, les sociétés occidentales jouent leur survie sur leur propre capacité à changer totalement de paradigme.
Les sociétés occidentales ont cru pendant deux siècles à la croissance et à son corollaire philosophique, le progrès. Elles doivent redécouvrir que la croissance n’était pas la règle mais l’exception, que le “progrès” n’est qu’une illusion de la modernité et que le temps n’est pas linéaire mais circulaire.
Elles ont cru que le seul horizon était celui de leurs imaginations et de leurs désirs ; elles doivent redécouvrir la contrainte et la limite.
Elles ont cru que l’homme était la mesure de toute chose et que tout n’était que « construction sociale » ; elles doivent redécouvrir que l’homme n’est qu’un élément du cosmos soumis aux mêmes lois que le reste de la Nature.
Elles ont cru que tout dépendait de l’économie; elles doivent redécouvrir que tout procède en réalité du religieux, du politique et du sacré.

Sur le plan politique, les sociétés occidentales ont cru qu’il était possible de mettre fin à la guerre ; elles doivent redécouvrir l’irréductible permanence de la violence et du conflit.
Elles ont cru qu’il était possible de résoudre tous les problèmes par le dialogue, le droit et le commerce ; elles doivent redécouvrir la guerre, la force et la puissance.
Surtout, elles ont cru aux Droits de l’Homme, à l’état de droit et aux valeurs universelles ; elles doivent redécouvrir qu’à part les lois de la nature, rien n’est universel et que ce qui est légal n’est pas forcément ce qui est légitime. Elles doivent aussi comprendre que bien que déchristianisées en surface, nos sociétés restent marquées en profondeur par la pensée chrétienne et que le particularisme culturel européen, universel et laïc, qui en est issu n’est en réalité que l’expression d’une anthropologie et d’un système de valeurs bien spécifiques. En chinois, il n’existe même pas de mot pour désigner les Droits de l’Homme, pas plus qu’il n’en existe en terre d’islam pour la laïcité.

S’il veut survivre, l’Occident doit surmonter son incommensurable orgueil et rompre avec l’universalisme, ce qui signifie clore le chapitre ouvert avec le rationalisme du XVIIIème siècle, la Révolution Française et les Droits de l’Homme. La tâche est d’autant plus ardue, en premier lieu pour la France, puisqu’il s’agit de renoncer à des idées qui ont fait la gloire de la civilisation européenne et lui ont permis d’exercer sa suprématie sur le reste du monde pendant plusieurs siècles. Cette opération de chirurgie spirituelle et culturelle à haut risque se trouve d’autant plus délicate à réaliser que l’Occident, empoisonné depuis plusieurs décennies par des valeurs périmées, se trouve déjà considérablement affaibli et diminué. Là où il faudrait un peuple jeune, vigoureux et plein d’audace, similaire à celui qui fit la Révolution Française, il n’y a plus que des hommes vieux, apeurés et doutant d’eux-mêmes ainsi que de leurs forces.

« Nous autres, civilisations, nous savons désormais que nous sommes mortelles » écrivait Paul Valéry au sortir de la première guerre mondiale. Même si la mort est une fatalité, son échéance peut être repoussée par ceux qui ont encore la volonté de vivre. Pris au piège, de nombreux animaux n’hésitent pas à s’amputer d’un membre pour s’échapper et survivre. Si l’Occident veut faire de même, mais le désire-t-il réellement, il doit être capable de s’amputer spirituellement en renonçant à ses si chères valeurs, ainsi qu’à sa prétention délirante à l’universalité.

Dans son dernier livre, le philosophe René Girard écrivait : « Nous devons entrer dans une pensée du temps où la bataille de Poitiers et les croisades seront plus proches de nous que la Révolution française et l’industrialisation du Second Empire. ».

Tout est dit.
Stanislas BERTON – TVL

27 avril 2020 - Posted by | Politis

2 commentaires »

  1. hélas…
     » Les jours viennent où les hommes vont devenir fous ; quand ils rencontreront un homme qui a gardé ses esprits ils se lèveront contre lui en disant ; tu es fou, parce que tu n’es pas comme nous « .
    St Antoine  » l’Égyptien « ( 251-356 )

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    Commentaire par LaHuppe | 21 juin 2020 | Réponse

  2. Ce texte est la vérité pure. Merci

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    Commentaire par jessica40000 | 27 avril 2020 | Réponse


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